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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 20:40

Nous sommes en 1910 et De la Rue, imprimeur des timbres britanniques, prépare un nouveau timbre de 2d à l'effigie du roi pour remplacer celui en usage depuis 1902. Il en imprimera la bagatelle de 100 000 feuilles, soit 24 millions d'exemplaires. Les feuilles ne sont pas livrées immédiatement aux bureaux de poste, le temps d'écouler les exemplaires de l'émission précédente.

 

Malheureusement, le 6 mai 1910, le roi Édouard VII meurt et l'administration postale détruit alors tous les exemplaires. Ou presque.

 

Mis en vente par Spink, vente aux enchères du 25.09.2014, lot n° 35.

 

Valeur estimée : 50 000£

 

Il est intéressant de noter qu'un seul exemplaire sur lettre est connu. La lettre est adressée à nul autre que le roi George VI, successeur d'Édouard et datée du... 6 mai 1910. La coïcidence est un peu forte... Cette lettre se trouve aujourd'hui, on s'en doute, dans la collection royale.

 

Ce timbre est connu comme le « 2d Tyrian plum », c'est-à-dire de couleur pourpre de Tyr. Dans l'antiquité, cette teinture produite par les Phéniciens était réputée et prisée dans l'ensemble du monde méditerranéen. Dans le monde de la philatélie, elle est associé à ce timbre rare, non émis, connu à 12 exemplaires.

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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 21:31

Le 9 décembre 2010, John E. du Pont meurt dans une prison de Pennsylvanie. Il s'y trouvait depuis plus d'une décennie après avoir abattu sans motif apparent son voisin et ami de longue date, Dave Schultz. Ce triste fait divers serait aujourd'hui totalement oublié si John du Pont n'avait pas été un millionnaire philantrope. Cette année a d'ailleurs été présenté au festival de Cannes un film, Foxcatcher, racontant l'histoire de ce meutre et des troubles mentaux de son auteur.

 

Quel rapport avec la philatélie ? John E. du Pont était également un collectionneur aguerri qui avait acheté en 1980 le seul exemplaire connu du célèbre 1¢ magenta de la Guyane britannique :

 

Mis en vente par Sotheby's, vente aux enchères du 17.06.2014, lot n° 1

Valeur estimée : 10 000 000$ à 20 000 000$

Prix de vente : 7 900 000$

 

Mis en vente par Robert A. Siegel Auction Galleries Inc., vente aux enchères n° 560 du 05.04.1980, lot n° 374

Prix de vente : 850 000$

 

Mis en vente par Robert A. Siegel Auction Galleries Inc., vente aux enchères n° 279 du 24.03.1970, lot n° 279

Prix de vente : 280 000$

 

Transaction privée, 1940

Prix de vente : 45 000$

 

Mis en vente à l'Hôtel Drouot par l'état français, vente aux enchères du 06.04.1922, lot n° 295

Prix de vente : 300 000F

 

Transaction privée, 03.10.1878

Prix de vente : 120£

 

Transaction privée, 1873

Prix de vente : 6 shillings

 

Achat au bureau de poste, 1856

Prix de vente :

 

ex Hunter, Vaughan, McKinnon, Ridpath, Ferrary, Hind, Hind Scala, Small,  Weinberg & Associates, du Pont

 

Ce timbre est suffisamment célèbre pour qu'on connaisse son parcours exact depuis sa « découverte » en 1873. C'est le jeune Louis Vernon Vaughan, 12 ans, collectionneur, qui découvre cet exemplaire dans la correspondance de son oncle. Il le vend 6 shillings afin d'acheter d'autres timbres pour sa collection. 

 

Quelques années plus tard, le timbre fait son chemin dans la faduleuse collection du comte von Ferrary, où il y restera jusqu'à la mort de ce dernier à Paris en 1917. Il lègue sa collection à l'état allemand mais dans cette période de guerre, la France se l'approprie et la met aux enchères quelques années plus tard, déduisant le résultat de la vente des réparations de guerre dues par l'Allemagne à la France.

 

Le timbre est déjà célèbre et de nombreuses anecdotes le concernant sont racontées. On dit qu'un particulier ayant déniché un second exemplaire aurait contacté Arthur Hind, l'acheteur de l'Hôtel Drouot, afin de lui vendre ce deuxième joyau. Celui-ci aurait acquis ce deuxième exemplaire authentique, aurait ensuite allumé son cigare et mis le feu au timbre en disant « Il n'y a qu'un seul 1¢ magenta » à son interlocuteur médusé...

 

Une contreverse naîtra également sur la possibilité que le timbre soit en fait un 4¢ modifié, hypothèse aujourd'hui rejetée. Pour le comprendre, il faut se pencher sur l'histoire postale de la colonie britannique. En 1850, les premiers timbres y sont imprimés de façon artisanale et un service postal intérieur est mis en place en mars 1851. Ce service a un essor fragile en raison de tarifs postaux inadaptés. Fin 1851, ces tarifs sont modifiés : 4¢ pour une lettre simple, 8¢ pour une lettre de moins d'une once (environ 30g) puis 4¢ pour chaque once supplémentaire. Les journaux, auparavant distribués gratuitement, devaient maintenant être affranchis d'un timbre de 1¢. La colonie commandera donc des timbres à une imprimerie de la métropole, d'une valeur faciale de 1¢ et 4¢, ce qui était suffisant pour les besoins d'affranchissement.

 

L'émission de 1852 fut remplacée par une troisième émission en 1853, émission qui durera jusqu'en 1859. Cependant, à l'automne 1855, l'île ne reçoit que 5000 exemplaires de chacune des valeurs alors qu'elle en attendait 50 000. Une nouvelle commande est immédiatement envoyé à l'imprimeur mais à cette ère où internet et l'avion n'existaient pas, il faudra pr-s d'un an pour recevoir la prochaine commande. Les stocks de timbres de l'île s'amenuisant, les autorités se sont résignées à imprimer une nouvelle émission avec les moyens locaux, d'où l'aspect assez brut et minimaliste de la rareté illustrée ci-haut et ce qui explique que le postier-maître ait demandé à tous ses commis de parapher chaque exemplaire de ces timbres, d'où les lettre EDW, pour Edmund Dalzell Wight, sur le 1¢ magenta.

 

Le timbre porte un cachet du 4 avril 1856, un vendredi. Justement, ce jour-là, The Official Gazette of British Guiana, qui paraît habituellement le mercredi et le samedi, publie un numéro spécial comportant deux proclamations du gouverneur de l'île. On peut donc imaginer que c'est ce numéro spécial qui sera affranchi et envoyé à Andrew Hunter, au domicile duquel son neveu découvrira le timbre 17 ans plus tard.

 

L'exemplaire offert à la vente n'est pas en très bonne condition mais on peut néanmoins affirmer que c'est le plus bel exemplaire connu puisque c'est le seul. Celui qui l'ajoutera à sa collection pourra, comme la plupart des précédents propriétaires, ajouter son cachet ou ses initiales au dos du timbre et passera à la postérité philatélique.

 

 

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 16:49

Sainte-Lucie est une petite île des Caraïbes longtemps disputée entre les Français et les Anglais. Ces derniers ont pris définitivement le contrôle de l'île au début du dix-neuvième siècle. Peuplée en majorité de descendants d'esclaves, on y parle surtout le créole et l'île est aujourd'hui connue comme paradis fiscal...

 

Au niveau philatélique, les premiers timbres sont typiques d'une colonie anglaise et les plus récents se fondent dans l'immense masse de timbres émis par les micro-états des Antilles. Voici cependant une feuille complète du premier timbre « à percevoir », émis en 1931 :

 

http://lh5.ggpht.com/_m5TAVVZAIO0/TAJ6YT3VnrI/AAAAAAAAB9E/73EFJwh9Gts/s400/29-05-2010-1.jpg

Mis en vente par R. Maresch & Son, vente aux enchères n° 457 du 16.06.2010, lot n° 1792.

Cote : 6733£

Prix de vente : 4000$

 

Cette feuille complète de 60 exemplaires nous permet de constater que chacun des timbres porte un numéro de série manifestement imprimé à la main. On ne peut que prendre en pitié le pauvre clerc qui a du les imprimer un par un... Cette tâche ennuyante et rébarbative donne évidemment lieu à tout un tas d'erreurs. 

 

Par exemple, dans la cinquième colonne, on peut voir en pâle, sous les nombres 7154 et 7155 les valeurs 7153 et 7154. On imagine que le clerc a simplement oublié d'incrémenter le chiffre des unités et qu'après avoir imprimé le 7154 il s'est rendu compte qu'il y avait deux fois le 7153. Il a alors rectifié en effaçant tant bien que mal son erreur. Idem pour 7170 par dessus 7169 en plus pâle. Le 7165 est également intéressant. Imprimé trop haut, ce nombre a été imprimé une deuxième fois mais avec un tampon différent. On imagine cette fois que l'imprécision a été vue plus tard et qu'une autre personne a rectifié le tir en réimprimant le n° de contrôle avec le tampon qu'il avait sous la main, qui était différent de l'original.

 

Je ne sais pas si le tirage total de ce « timbre » a été inférieur à 10 000 unités (je l'espère pour celui qui devait imprimer les numéros de série !) mais il ne vaut aujourd'hui qu'une poignée de dollars, à l'état neuf. Rarement offert oblitéré, il est probable qu'une très faible partie du stock a été utilisé à l'époque et que les surplus ont été écoulés auprès des philatélistes.

 

Néanmoins, cette feuille (et celle du 2d offerte dans la même vente) est une belle addition pour toute collection spécialisée dans les « Postage Due ».

 

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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 21:05
Le Ceylan, qui se nomme aujourd'hui le Sri Lanka, est une importante île se trouvant au sud-est de l'Inde. Colonie britannique au moment de l'invention du timbre poste, ses premiers timbres sont naturellement ornés de l'effigie de la reine Victoria.

Les premiers timbres sont émis de 1857 à 1859 non dentelés puis dentelés pendant une petite dizaine d'années. Les valeurs vont de un penny à deux shillings. Oblitérés, ces premiers timbres sont abordables (enfin, tout dépend du point de vue) mais neufs, plusieurs d'entre eux sont de grandes raretés.

Une collection spécialisée de Ceylan ayant récemment été dispersée, profitons-en pour présenter quelques exemplaires de ces raretés :

Mis en vente par Spink Shreves Galleries, vente aux enchères n° 109 du 18.02.2009, lot n° 54.

Valeur estimée : 200 000 à 250 000$
Prix de vente : Invendu

ex Baron de Worms, Sir Ernest de Silva, Lars Amundsen, Raymond H. Weill, collection Joseph Hackmey

Que demander de plus pour ce timbre en parfaite condition qui est l'un des rares exemplaires à avoir conservé une partie de sa gomme originale ?

Mis en vente par Spink Shreves Galleries, vente aux enchères n° 109 du 18.02.2009, lot n° 65.

Cote : 28 000£
Valeur estimée : 40 000 à 50 000$
Prix de vente : Invendu

collection Joseph Hackmey

Un autre très bel exemplaire, avec gomme originale redistribuée.

Mis en vente par Spink Shreves Galleries, vente aux enchères n° 109 du 18.02.2009, lot n° 68.

Cote : 45 000£
Valeur estimée : 80 000 à 100 000$
Prix de vente : 65 000$

ex Baron de Worms, Dale-Lichtenstein, Pearson, collection Joseph Hackmey

La troisième rareté de cette série est ce timbre de 9 pence. Cet exemplaire est encore une fois excellent malgré un très léger pli dans le bas du timbre. Il possède une partie de sa gomme originale. Il s'agit d'un exceptionnel trio qui donne un aperçu du contenu de la collection de Joseph Hackney, qui regorgeait d'objets philatéliques hors du commun.

Voici deux autres exemplaires de ces timbres qui figuraient dans la collection :

Mis en vente par Spink Shreves Galleries, vente aux enchères n° 109 du 18.02.2009, lot n° 55.

Valeur estimée : 30 000 à 40 000$
Prix de vente : 20 000$

ex Baron de Worms, Sir Ernest de Silva, Pearson, collection Joseph Hackmey

Mis en vente par Spink Shreves Galleries, vente aux enchères n° 109 du 18.02.2009, lot n° 66.

Cote : 28 000£
Valeur estimée : 15 000 à 20 000$
Prix de vente : 9000$

collection Joseph Hackmey

Ces deux timbres ne possèdent plus de gomme et le premier est défectueux (un pli et quelques taches dans le bas), ce qui explique leur valeur moindre.

Par les hasards du calendrier, un autre exemplaire neuf du timbre de 4 pence était offert aux collectionneurs il y a un mois :

Mis en vente par Cherrystone Philatelic Auctioneers, vente aux enchères de 01.2009, lot n° 766.

Cote : 65 000£
Prix de vente : 24 000$

Un exemplaire sans gomme (le vendeur précise que seuls un ou deux exemplaires existeraient avec gomme; un est illustré dans ce billet !) mais sans défaut.

Chez le même vendeur, en remontant un an dans le passé, on retrouve également les deux exemplaires suivants :

Mis en vente par Cherrystone Philatelic Auctioneers, vente aux enchères de 09.01.2008, lot n° 1878.

Cote : 60 000£
Valeur estimée : 60 000$
Prix de vente : 62 500$

Mis en vente par Cherrystone Philatelic Auctioneers, vente aux enchères de 09.01.2008, lot n° 1879.

Cote : 25 000£
Valeur estimée : 30 000$
Prix de vente : Invendu

Le timbre de 4 pence est en excellente condition et possède toute sa gomme originale (c'est le deuxième illustré dans cet article, ce qui infirme la possibilité qu'il n'y en ait qu'un seul...). Le timbre de huit pence n'en possède pas et est affligé de défauts mineurs. La valeur estimée semble donc surélevée, ce qui est confirmé par le résultat de la vente.

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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 20:55

Introduction

Les philatélistes qui se spécialisent dans les émissions du milieu du dix-neuvième siècle finissent un jour ou l'autre par s'intéresser aux variétés positionnelles. Ces variétés constantes permettent d'identifier la position d'un timbre dans la planche d'impression. Cette identification peut être triviale comme sur les premiers timbres émis par l'Angleterre où deux lettres dans les coins du timbre identifient de façon claire la position du timbre, de AA à TL. La plupart du temps cependant l'identification nécessite un examen attentif d'infimes détails d'impression et la comparaison de ceux-ci avec un ouvrage de référence.

Mis en vente par Spink, vente aux enchères n° 8042 du 03.12.2008, lot n° 149.

Cote : 20 000£
Valeur estimée : 2500 à 3000£
Prix de vente : Invendu

La question du philatéliste

Supposons que je veuille débuter une reconstruction de planche, c'est-à-dire trouver, pour un timbre donné, un exemplaire pour chaque position de la feuille complète. Combien de timbres dois-je m'attendre à acheter ou examiner avant d'obtenir une collection complète ?

L'analyse du mathématicien

La première hypothèse à faire, c'est que la probabilité d'obtention de chaque position est équiprobable. C'est à priori le cas puisque les timbres sont imprimés en feuilles complètes. Notre hyporhèse est donc parfaitement acceptable, sauf si l'une des positions présentait un caractère exceptionnel (comme une variété nettement visible), auquel cas les philatélistes auront porté attention à cette variété et il est plausible que plus d'exemplaires de cette position que des autres auront traversé le temps. Nous maintenons néanmoins notre hypothèse.

La seconde hypothèse qui permet de simplifier considérablement l'analyse est de supposer que le tirage du timbre considéré a été très important en terme de volume. En effet, s'il ne l'avait pas été, une fois une position ajoutée à notre collection, la probabilité d'occurence de cette position diminuerait. Cas extrème, si une seule feuille a été imprimée, une fois que j'ai ajouté une position à ma collection, je n'ai plus aucune chance d'obtenir la même position. Nos calculs supposerons en fait que le tirage a été infini.

Le troisième point qu'il est important de considérer est de savoir qu'elle est exactement la question. La réponse mathématique est simple, notre ami philatéliste souhaite connaître l'espérance du processus aléatoire qu'il décrit implicitement. L'espérance est une moyenne pondérée par la probabilité de chaque événement.

Faisons une parentèse pour illustrer l'espérance mathématique. Est-il plus rentable d'assurer une Peugeot 206 valant 12 000€ contre le vol pour 75€ / an, sachant que le taux de vol est de 100 véhicules / 100 000. Si j'assure mon véhicule, je dépense avec certitude 75€ / an. Sinon, je peux « espérer » perdre 12 000€ multiplié par un millième, soit 12€ / an. Sur une très longue période, il est donc nettement plus avantageux de ne pas assurer son véhicule. Cependant, à peu près tout le monde assure son véhicule contre le vol, et je vous laisse le soin de méditer sur le sujet.

Notre ami philatéliste, connaissant l'espérance, voudra également avoir une idée plus précise de ce à quoi il doit s'attendre. Nous lui fournirons donc le nombre de timbres qu'il devra examiner pour avoir par exemple 75% ou 90% de chance de compléter sa collection.

Un exemple concret

Avant de nous lancer dans nos calculs, prenons l'exemple concret d'un philatéliste qui voudrait avoir les deux moitiés d'un Double de Genève. Les deux premiers timbres qui lui seront offerts peuvent être
  1. Le gauche puis un deuxième gauche.
  2. Le gauche et le droit.
  3. Le droit d'abord et ensuite un gauche.
  4. Le droit puis un deuxième droit.
On voit qu'il a donc une chance sur deux de réussir sa collection avec les deux premiers timbres. Dans le premier et le quatrième cas, il devra attendre un qu'un troisième exemplaire soit offert et il sera face aux possibilités suivantes :
  1. Gauche, gauche, gauche.
  2. Gauche, gauche, droit.
  3. Droit, droit, gauche.
  4. Droit, droit, droit.
Ainsi, s'il a échoué à la compléter en deux fois, il a encore une chance sur deux de la compléter en trois fois, et ainsi de suite.

En résumé, notre collectionneur a 50% de chance de réussir sa collection dès les deux premières offres qui se présentent, 75% en trois, 87,5% en quatre, etc. Son espérance est égale à


ce qui donne, en ajoutant tous les termes jusqu'à l'infini, 3, tout simplement. Le collectionneur doit donc s'attendre à examiner trois exemplaires avant d'en voir un gauche et un droit.

Cas général

La solution du cas général nécessite quelques compétences en analyse combinatoire. Le problème est équivalent à étudier les mots qui contiennent au moins une fois chacune des lettres d'un alphabet donné. Si n est le nombre de lettres de l'alphabet et k est la longueur d'un mot, alors


est le nombre de mots de longueur k qui contiennent au moins une fois chaque lettre de l'alphabet, si k est bien sûr supérieur ou égal à n. Pour avoir une idée d'où cette formule sort, il faut se rappeler des diagrammes de Venn. Le privilège du mathématicien est de pouvoir dire que le résultat est évident et que le soin de la démonstration est laissé au lecteur...

La probabilité qu'un mot de k lettres contiennent toutes les lettres de l'alphabet est donc donnée par


et la probabilité qu'un mot de k lettres contiennent toutes les lettres de l'alphabet mais que ce ne soit pas le cas pour le même mot auquel on enlève la dernière lettre est


Nous avons donc toutes les billes pour calculer ce qui nous intéresse, y compris l'espérance, qui est donnée par


Exemples de calculs

Il est maintenant temps de sortir la calculatrice :

Nombre de positions 2 4 25 100 240
Espérance, en nombre de timbres
3,00 8,33 95,40 518,74 1454,38
50% de taux de réussite
2 7 90 497 1403
75% de taux de réussite
3 10 111 584 1613
95% de taux de réussite
6 16 152 754 2025
99% de taux de réussite
8 21 192 916 2415
99,9% de taux de réussite
11 29 249 1146 2967

Ce tableau donne, pour quelques tailles de planche, l'espérance ainsi que le nombre de timbres requis pour avoir une probabilité donnée de compléter la collection. Ainsi, si je souhaite reconstruire une planche de 100 timbres, je dois m'attendre à devoir examiner 518,74 exemplaires avant d'en avoir vu un de chaque position. Il faut 754 exemplaires pour avoir 95% de chance d'en avoir vu un de chaque.

Les valeurs données ici sont arrondies, l'espérance pour n = 100 est par exemple exactement égale à


Ce logiciel est impressionnant !

La courbe de distribution de probabilité cumulative

Pour terminer, une courbe pour le cas n = 100 :


Une autre approche

Suite aux commentaires d'Emeric, je me dois de présenter une approche alternative pour calculer l'espérance. Supposons que parmi les n timbres que je souhaite obtenir, il m'en manque m. J'ai donc une probabilité m / n que le prochain timbre que j'examinerai ne fasse pas déjà partie de ma collection.

Plus généralement, la probabilité qu'il me faille examiner k nouveaux exemplaires avant d'en trouver un que je ne possède pas déjà est donnée par


Cette formule se comprend aisément; il me faut k - 1 échecs suivi d'un succès. L'espérance de ce processus, c'est-à-dire le nombre moyen de timbres que je devrai examiner avant d'en trouver un qui ne fasse pas déjà partie de ma collection est donnée par


Cette somme infinie est en fait une série géométrique et c'est probablement l'une des plus simple à résoudre, d'où la solution élégante et concise. Remarquez que lorsque m = n, c'est-à-dire lorsque je ne possède encore aucun timbre, l'espérance est égale à 1, ce qui le résultat attendu puisque le premire timbre que j'examinerai ne fera forcément pas partie de ma collection.

Compléter notre collection revient à ajouter un timbre à la fois, donc d'appliquer le processus aléatoire décrit ci-haut pour m = n, m = n - 1, m = n - 2, ... jusqu'à m = 1. L'espérance pour le processus complet est donc donnée par


ce qui, vous en conviendrez, est une formule infiniment plus simple que celle que j'ai donnée plus haut. À l'aide d'une calculatrice, on peut vérifier que les résultats sont identiques à ceux obtenus précédemment :

Nombre de positions 2 4 25 100 240
Espérance, en nombre de timbres
3,00 8,33 95,40 518,74 1454,38

Une approximation lorsque n est grand

En utilisant une propriété des nombres harmoniques découverte par Euler, on obtient l'approximation suivante lorsque n est grand :


où gamma est la constante d'Euler-Mascheroni, qui vaut 0,5772156649... et des poussières. L'approximation est-elle bonne ?

Nombre de positions 2 4 25 100 240
Espérance, en nombre de timbres
3,00 8,33 95,40 518,74 1454,38
Valeur approchée
3,04 8,35 95,40 518,74 1454,39

Même pour n = 2, l'erreur n'est que de 0,04. C'est ce qui s'appelle une convergence rapide !

L'équivalence des deux formules

Les deux formules pour l'espérance donnent le même résultat. Peut-on en faire la démonstration rigoureuse ? Sûrement, mais je n'y suis pas encore arrivé !

Pour terminer, j'ai découvert en furetant que le problème discuté dans cet article est connu sous le nom du coupon collector's problem.

Mise à jour du 22 avril 2009

Puisque cet article était illustré d'un bloc des premiers timbres anglais, faisons-nous plaisir avec ce rare bloc de six du fameux « penny black » :

Mis en vente par Cherrystone Philatelic Auctioneers, vente aux enchères du 29.04.2009, lot n° 467.

Cote : 135 000£
Mise à prix : 95 000$
Prix de vente : 100 000$

Si son prix est si élevé, c'est qu'il s'agit d'exemplaires de la planche n° 11, la dernière utilisée pour ce timbre. Contrairement au un penny rouge de 1864, le numéro de planche n'est pas imprimé dans les ornementations sur les bords du timbre; il doit donc être déterminé par l'examen des infimes différences qui caractérisent cette planche. Un certificat d'authenticité est donc incontournable.

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 21:51
À quoi pouvait bien ressembler les étiquettes qu'on trouvait sur les bobines de fils de coton ? Et surtout, quel est le rapport avec la philatélie ?

Mis en vente par Spink, vente aux enchères n° 9003 du 22.01.2009, lot n° 17.

Valeur estimée : 26 000 à 28 000£
Prix de vente : 26 000£

ex Ferrari

C'est le premier juillet 1850 que le service postal de la Guyane Britannique mis en place par l'Angleterre démarre. Seul problème, la métropole n'a pas fait parvenir de timbres à la colonie. L'intendant des postes se rend donc à l'imprimerie du Royal Gazette de Georgetown pour faire imprimer quelques « étiquettes » qui serviront en attendant l'arrivée des premiers véritables timbres, en 1852.

Le motif imprimé consiste en un cercle sur le pourtour duquel est écrit BRITISH GUIANA et au centre la valeur de l'affranchissement en italique, ici 4 cents. L'exemplaire ci-haut est frappé d'une oblitération circulaire et comporte une mention manuscrite, EDW, initiales du postier E. D. Wight.

L'exemplaire illustré ici est en excellente condition et est de forme carrée. Les collectionneurs attachent une grande importance à ce que le timbre ne soit pas découpé en un cercle ou un octogone, ce qui est souvent le cas.

Il ne reste plus qu'à faire le lien avec les bobines de fil... Le motif de ces timbres ressemblerait aux étiquettes de vente qu'on posait sur les bobines de fil de coton. Ces timbres se sont donc vus affubler de l'épithète « cotton reels ».

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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 21:13
En 1870, le Fiji Times, un journal hebdomadaire, crée les premiers timbres des Îles Fidji, un archipel composé de centaines d'îles dans l'océan Pacifique sud. L'objectif initial était le paiement de l'acheminement des journaux mais, en l'absence de service postal, il était possible d'utiliser ces timbres pour payer l'envoi de lettres à destination d'autres îles.

Le service postal officiel sera mis en place en décembre de l'année suivante et le service offert par le Fiji Times sera en toute logique abandonné.

Affranchissement mixte Fidji - États-Unis
Mis en vente par Spink, vente aux enchères n° 8021 du 13.11.2008, lot n° 672.

Valeur estimée : 20 000 à 25 000£
Prix de vente : Invendu


Mis en vente par Prestige Philately, vente aux enchères n° 136 du 24.05.2008, lot n° 334.

Valeur estimée : 50 000$
Prix de vente : Invendu

ex Seybold, Lagerloef, Purves, Robertson, Mayer

Ce pli est particulièrement intéressant car il possède un affranchissement mixte; la première partie du trajet est acquittée par l'un des timbres émis par le Fiji Times, tandis que la deuxième, pour rejoindre San Francisco, est payée à l'aide d'un timbre américain. Cette enveloppe est d'ailleurs le seul affranchissement mixte Fidji - États-Unis connu.

Par ailleurs, on ne connaîtrait aujourd'hui que six lettres affranchies avec ce timbre, ce qui est suffisant pour en faire une grande rareté, rareté qui n'a pas trouvé preneur en mai cette année et qui est de nouveau offerte à la vente, cette fois à Londres, histoire de toucher un plus large éventail d'acheteurs potentiels.

Pour la petite histoire, ce pli aurait voyagé sur le Wonga Wonga, qui a quitté les Fidji le 11 septembre 1871 pour arriver à San Francisco le 6 octobre.
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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 22:20
Les tous premiers timbres émis par la colonie britannique de l'Île Maurice sont extraordinairement rares. La deuxième émission est déjà un peu plus accessible, bien que les exemplaires des premiers tirages de cette émission soient eux aussi de grandes raretés. Ces timbres sont passionants pour le philatéliste en raison des différences de papier et de l'usure visible des matrices d'impression d'un tirage à l'autre.

Le timbre que je vous présente aujourd'hui a été émis en décembre 1859, sur papier vergé. C'est le premier timbre de Mauritius produit par lithographie. Bien qu'il ne soit pas particulièrement rare, son look a attiré mon regard et c'est tout naturellement que j'ai souhaité l'inclure sur ce blog :

Île Maurice, un timbre tout simplement superbe
Mis en vente par Schuyler Rumsey Philatelic Auctions, vente aux enchères n° 30 du 25.04.2008, lot n° 1759.

Cote : 1600£
  Prix de vente : 1200$

Il s'agit d'un exemplaire tout simplement superbe qui pourrait servir de parfait alibi pour démarrer une collection, à condition bien sûr d'en avoir les moyens, ce qui n'est pas mon cas... Ami lecteur, il est pour toi !
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8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 22:27
Le 30 décembre 1899, de la colonie britannique de North Borneo (aujourd'hui une province de Malaisie), partait une lettre à destination des Îles Fidji, un groupe d'îles à l'est du continent australien. Cette lettre est affranchie d'une paire de timbres de cinq cents, soit le tarif normal en vigueur depuis 1895 pour les lettres à destination de l'étranger. Au verso, plusieurs cachets de transit : Labuan, Singapour (15 janvier), Sidney (14 février) puis Suva (4 mars), capitale des Îles Fidji.

Pourquoi cette lettre est-elle intéressante ? Parce qu'en fait, les Îles Fidji ont été intégrées en 1874 aux colonies britanniques d'Australasie qui comprenaient entre autres les états australiens ainsi que la Nouvelle-Zélande. Il s'agit donc d'un pli « local », malgré la distance qui sépare les deux colonies. La lettre est donc suraffranchie pour un pli normal et l'option courrier recommandé, qui n'était pas disponible pour les envois vers l'étranger, n'avait pas à être annulée.

Peut-on vraiment blâmer l'employé du système postal britannique face à son manque de connaissance géopolitique ?

Une lettre de North Borneo
Mis en vente par Spink, vente aux enchères n° 8007 du 10.04.2008, lot n° 125.

Valeur estimée : 120 à 150£
  Prix de vente : 200£

Cette lettre, une curiosité, fait partie d'une extraordinaire collection philatélique de North Borneo offerte à Londres. On y trouve des exemples de lettres pour illustrer virtuellement tous les tarifs postaux en vigueur dans cette colonie, dont de rares affranchissements mixtes North Borneo - Strait Settlements ainsi qu'une myriade de timbres. De très nombreuses feuilles complètes, des études de planchages, des variétés, bref une véritable mine d'or pour le spécialiste de l'histoire postale et philatélique de cette ex-colonie britannique.

Il n'y a pas vraiment de timbre très rare émis par l'autorité postale de cette colonie, si ce n'est une occasionelle variété, comme cette double surcharge, dont deux seuls exemplaires sont connus, l'un dans la collection de la couronne britannique et celui illustré ici.

North Borneo double surcharge
Mis en vente par Spink, vente aux enchères n° 8007 du 10.04.2008, lot n° 739.

Cote : 4500£
Valeur estimée : 3000 à 4000£
Prix de vente : 2600£

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26 janvier 2008 6 26 /01 /janvier /2008 17:28
Nous avons déjà évoqué, dans un article illustré d'un pli du Mexique, l'utilisation de fractions de timbre lors de défaut d'approvisionnement de bureaux de poste. Lorsqu'il s'agit de couper un timbre en deux, en quatre, ça va, c'est facile. Couper un tiers deux tiers est déjà un peu plus compliqué.

Encore moins évident, deux cinquièmes et trois cinquièmes. C'est ce que J. F. Owen, trésorier à Kuala Lipis dans l'état malaysien de Penang, a imaginé en 1897. En fait, il coupait un timbre de 5c en deux parties égales, soit horizontalement soit diagonalement et notait, à l'encre rouge ou noire, la valeur de 2c sur une moitié et la valeur de 3c sur l'autre moitié. Il y adjoignait ses initiales.

Voilà donc des objets philatéliques intéressants. Il y a mieux. Pour un tarif de 5c, voici ce qu'on pouvait faire :

Dexu moitiés d'un timbre de Penang
Mis en vente par Spink, vente aux enchères publique n° 8003, lot n° 29.

Cote : 4000£
Prix de vente : 2800£


Dexu moitiés d'un timbre de Penang
Mis en vente par Spink, vente aux enchères publique n° 8003, lot n° 32.

Cote : 4000£
Prix de vente : 2800£

Il est intéressant de noter que ces deux timbres ont été oblitérés le même jour, soit le 7 novembre 1897. De plus, ils sont sur le même type de papier. Une faveur du guichetier pour un ami philatéliste ?

Ces deux pièces proviennent de la collection du Dr Yau Khai Weng, dont la collection spécialisée des états malaysiens est actuellement en vente.

Mise à jour du 11 avril 2009

Une autre façon encore plus originale d'utiliser les deux « moitiés » pour réaliser un affranchissement de 5¢ :

Mis en vente par David Feldman SA, vente aux enchères du 28 avril 2009, lot n° 30485.

Cote : 4500£
Valeur estimée : 1500€
Prix de vente : 1800€

Ça, c'est certainement une création philatélique. Malgré qu'un philatéliste aurait peut-être pris soin de mieux découper les timbres !

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